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Pratiquer en toute sécurité les jeux BDSM

Sécurité dans les jeux BDSM : SSC, RACK

Si vous côtoyez la scène BDSM depuis quelque temps, vous avez probablement entendu parler de SSC et de RACK. Quelle sont les différences ? Et qu’en est-il d’autres sigles moins connus comme PRICK ou CCC ? Quelles sont les nuances entre ceux-ci et quelles peuvent-être vos attentes lors de l’établissement d’une relation avec une Maîtresse ou un.e autre partenaire de jeu ?

C’est un sujet qui présente plein de nuances et sans rentrer trop dans les détails j’aimerais bien vous en offrir une introduction. Si vous avez envie d’aller plus loin, les ressources disponibles en ligne ou imprimées sont infinies.

Les quatre sigles les plus usités lorsque l’on veut discuter de la sécurité des jeux BDSM sont:

SSC (Safe, sane, and consensual) : sûr, sain d’esprit, consenti 
RACK (Risk-aware consensual kink) : kink avec conscience des risques et consentement
PRICK (Personal responsibility informed consensual kink) : kink personnellement responsable, informé.e et consentant.e.
CCC (Committed, compassionate, consensual) : engagé, compatissant, consenti

Le concept qui apparaît dans ces quatre sigles est celui du consentement, qui forme ainsi la clé de voûte de toute relation saine, BDSM ou non. Le Petit Robert le définit ainsi comme l’acquiescement donné à un projet ; la décision de ne pas s’y opposer.

Dans le contexte BDSM, c’est la décision de deux personnes qui s’accordent sur la participation à certains actes, de nature sexuelle ou non. Si les deux personnes ne sont pas d’accord, c’est n’est plus un choix consenti mais un abus. C’est une des nombreuses raisons pour lesquelles certaines Maîtresses requièrent de remplir de longs questionnaires spécifiant les limites dures (hard limits) ou flexibles (soft limits) avant tout participation à des jeux : nous ne voudrions pas causer de dégâts durables à votre santé psychique.

Il est à ce stade nécessaire de mentionner qu’il y a aussi des aspects légaux à considérer même en présence du consentement explicite du soumis, cela pourra faire l’objet d’une discussion ultérieure.

Maintenant, en ce qui concerne les nuances entre les différents sigles :

SSC :

Ce terme a été introduit en 1983 par David Stein qui voulait distinguer “le genre de SM que je voulais pratiquer des comportements criminels abusifs ou des névroses auto-destructrices associées populairement avec le terme sadomasochisme”. 

Soyons réalistes : le BDSM est intrinsèquement dangereux. Même les pratiques soit-disant soft peuvent causer des dommages permanents quand elles sont mal faites. Sans oublier que ce qu’une personne considère sûr, une autre pourrait trouver complètement dingue.

Prenons l’exemple de la plongée sous-marine. Pour aucune raison je ne vais m’accrocher des bouteilles et plonger des dizaines de mètres sous l’eau, entourée par des créatures bizarres qui pourraient me dévorer. Cela ne me paraît pas sûr (et non, vous ne me convaincrez pas). Mais pour d’autres, c’est comme cela qu’ils passent leurs week-ends. Il n’y a pas de définition de “sûr” qui convienne à tout le monde sur Terre. 

La santé d’esprit est aussi subjective, ce qui est une des raisons pour lesquelles je penche plus pour le RACK ou le PRICK. Par exemple, j’ai un soumis qui, quand il est dans des conditions de stress (ce qui arrive par construction dans une scène BDSM), a des difficultés à s’exprimer verbalement. Il est “sain d’esprit” mais j’ai besoin d’être particulièrement attentive quand je joue avec lui et je dois suivre ses signes vitaux et non-verbaux afin d’éviter une surcharge sensorielle.

Beaucoup d’entre nous souffrent de dépression, d’anxiété ou d’autres désordres qui peuvent être considérés comme des troubles mentaux alors que les personnes qui les subissent ont des vies plutôt normales autrement. Si j’excluais toute personne qui a eu un burnout ou fait une dépression, je ne jouerais plus jamais ! 

D’autre part, si nous pensons qu’il y a des jeux qui ne sont pas sûrs, que cela veut-il dire de ceux qui les pratiquent ? Pour la personne moyenne, non kinky, la simple pratique d’attacher un collier à un soumis peut paraître complètement folle. J’aimerais bien voire leur tête quand je leur raconte mon vendredi soir typique !

En gros, je trouve que le SSC est trop subjectif pour décrire ma conception du BDSM.

RACK :

Le RACK a été inventé en 1999 par Guy Switch, qui a comparé l’alpinisme au BDSM. Pour ces deux activités, le risque représente une large part de l’attrait mais on peut malgré tout en minimiser les dangers avec de bons entraînements, équipements et techniques. La sensibilisation et l’éducation sont des concepts clé du RACK et tous les participants doivent pouvoir baser leur décision sur l’information qu’ils ont pu recevoir au sujet d’une pratique.

Mon partenaire peut ainsi accepter un martinet car je ne vais (probablement) pas abîmer ses petites fesses quand bien même un fouet de cocher serait impensable car il lacérerait sa peau. Avec le RACK, il est attendu du soumis qu’il ait bien conscience de cela avant de consentir à une scène.

PRICK :

C’est un sigle assez récent au sein de la scène BDSM, devenu populaire en 2009 mais que j’apprécie car il met en avant la responsabilité personnelle (et non la simple sensibilisation aux dangers) de tous les participants. Chacun a le droit d’accepter ou non une pratique et doit vivre avec les conséquences de ses décisions.

En tant que Dominatrice Professionnelle, je penche plutôt vers ce concept, particulièrement pour les soumis qui souhaitent des pratiques plus hard. Pour autant que ce soit ma responsabilité personnelle de m’éduquer et de m’entraîner, mes soumis ont aussi leur rôle à jouer. Je ne peux ainsi pas être responsable si quelqu’un ne communique pas ses besoins.

Une critique du PRICK est que l’on ne peut jamais être parfaitement préparé à une pratique que l’on n’a jamais essayée auparavant. En effet, même en présence d’une Dominatrice qui maîtrise une pratique, votre corps et votre esprit peuvent ne pas être à la hauteur de l’expérience dans la vraie vie. 

CCC :

“Committed, compassionate, consensual” (Engagé, compatissant, consenti) est un autre sigle qui gagne en popularité dans certains cercles. Le CCC concerne surtout les relations TPE (Total Power Exchange, échange total de pouvoir) ou bien les relations 24/7 mais généralement pas les relations avec des Dominatrices Professionnelles ou des partenaires de jeu. Avec le CCC, le soumis n’exprime pas ses désirs explicitement, seulement ses limites dures. Le partenaire Dominant décide de tout (quand, où, qui, comment, avec qui…).

Assez souvent, les safe words (un mot que nous utilisions pour sortir d’un jeu) ne font pas partie des accords CCC même si des discussions ont lieu afin de s’assurer que les pratiques demeurent consenties. Si beaucoup peuvent être tentés d’établir des accords de relations régies par le CCC, bien souvent le soumis prend alors conscience qu’il y a de nombreux risques associés, y compris physiquement mortels ou émotionnellement destructeurs.

Comme je l’ai déjà mentionné, le consentement est l’épine dorsale de tous ces sigles. Si vous n’avez pas consenti à ce que votre partenaire vous fait, c’est abusif. Malgré les apparence pour ceux qui ne sont pas impliqués dans le monde BDSM, les Dominatrices sont généralement des personnes bienveillantes et attentives qui veulent avant tout établir un cadre sûr au sein duquel puissent être explorées librement les possibilités magiques de l’échange de pouvoir.

Dans le BDSM, nous flirtons avec le danger (et c’est si bon !) mais nous pouvons nous préparer mentalement et physiquement pour éviter les risques. Je vous invite à lire plus sur le sujet et à trouver ce qui vous convient. Piochez des éléments de ces philosophies. Elles ont toutes leurs forces et leurs faiblesses, c’est à vous de décider ce qui sied le mieux à votre situation. Plus important, parlez avec votre partenaire ! La communication au sein des relations, qu’elles soient avec une Dominatrice professionnelle ou non, reste la clé vers des expériences belles et enrichissantes.

*J’utilise le terme “soumis” fréquemment, j’aurais aussi bien pu le remplacer par fétichiste, dominé, client, esclave ou autre.

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